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Sécurité alimentaire face à la pandémie de COVID-19 : Evidence de l’Afrique

Cet article a été rédigé par Sydney Gourlay, Akuffo Amankwah et Alberto Zezza. Il a été publié le 16 mars 2021. Source : World Bank Data Blog

 

La sécurité alimentaire a toujours été une source d’inquiétude importante pour l’Afrique Subsaharienne (ASS), et cela même avant le début de la pandémie de COVID-19. Au fur et à mesure que la pandémie s’étendait à la région, les impacts potentiels de cette dernière sur la sécurité alimentaire devenaient une source de préoccupation majeure. Des données provenant d’enquêtes téléphoniques à haute fréquence (HFPS), collectées avec le soutien de l’étude de mesure des niveaux de vie de la Banque Mondiale (LSMS) et le programme sur la pauvreté et l’équité, permettent d’analyser les défis liés à la sécurité alimentaire pendant la pandémie. Les données HFPS utilisées ont été collectées principalement par les bureaux nationaux des statistiques dans cinq pays de l’ASS, chacun d’entre eux faisant partie du projet d’enquêtes LSMS sur l’agriculture (LSMS-ISA), qui déploie des enquêtes ménages longitudinales et multidisciplinaires se concentrant sur l’agriculture.  Les résultats présentés dans cet article reflètent les enquêtes réalisées suivantes : Burkina Faso – Tour 2 (août) ; Ouganda – Tour 1 (juin 2020) ; Nigeria – Tour 2 (juin 2020) ; Malawi – Tour 1 (mai/juin 2020) ; Ethiopie – Tour 3 (juin 2020).

 

L’analyse du HFPS montre que plus de 105 millions d’adultes étaient touchés par une insécurité alimentaire qualifiée de modérée ou sévère à travers l’Ouganda, le Nigeria, le Malawi, l’Ethiopie, et le Burkina Faso, au début de la pandémie de COVID-19. Ces résultats ont été estimé au moyen de l’échelle d’insécurité alimentaire (FIES), méthodologie permettant de mesurer l’objectif de développement durable 2.1.2. Plus de 70% des adultes au Nigeria et au Malawi souffraient d’insécurité alimentaire modérée ou sévère, ainsi que 47% en Ethiopie, 42% au Burkina Fado, et 43% en Ouganda. Plus de 30% des adultes au Nigeria et au Malawi souffraient d’insécurité alimentaire sévère, ainsi que 9% des adultes en Ouganda, 8% des adultes au Burkina Faso, et 13% des adultes en Ethiopie.

 

prevalence of food insecurity by country

Les données HFPS révélaient également une relation entre l’insécurité alimentaire et le bien-être dans tous les pays. Grâce aux indices de consommation des enquêtes pré-COVID LSMS-ISA, nous avons montré que les ménages à l’extrémité inférieure de la distribution de la consommation avaient un taux plus élevé d’insécurité alimentaire modérée et sévère, en particulier au Burkina Faso, en Ethiopie, au Malawi et en Ouganda.

Prevalence of food insecurity by consumption quintile

A quoi ressemble l’insécurité alimentaire au quotidien ? La consommation alimentaire était une source d’inquiétude pour la plupart des ménages dans tous les pays, avec plus de 71% des ménages considérant qu’au moins un membre de leur famille s’inquiètait d’un manque de nourriture (Burkina Faso – 69% ; Ethiopie – 57% ; Malawi – 71% ; Nigeria – 71% ; Ouganda – 58%). La majorité des ménages avait également un membre de leur famille qui était obligé de sauter au moins un repas par jour au Malawi et au Nigeria, alors qu’environ 36% des ménages avait au moins un membre de leur famille qui passait au moins un jour sans manger dans ces deux pays. Ce taux était de 11% des ménages en Ethiopie, 11% des ménages en Ouganda, et de 20% des ménages au Burkina Faso.

 

Les inquiétudes liées à l’insécurité alimentaire ont débuté avant la crise sanitaire. Ainsi, on peut se demander quelle est la part de l’insécurité alimentaire observée aujourd’hui qui est due à la crise actuelle. Considérant la nature de panel des données HFPS, et la mise en place du questionnaire FIES au Nigéria, nous comparons les taux d’insécurité alimentaire avant la COVID-19 (provenant de l’enquête ménage générale de 2018-2019 (GHS-Panel)) et après la pandémie (provenant du HFPS). Les données de GHS-Panel de 2018-2019 suggèrent que 48.5% de la population adulte du Nigeria souffre d’insécurité alimentaire modérée ou sévère, alors que les données HFPS suggèrent que ce taux serait de 75.5%.

 

La transitions des ménages d’une situation d’insécurité alimentaire vers une situation de sécurité alimentaire, et vice versa, à la fois pour l’insécurité alimentaire modérée et sévère au Nigéria est représentée ci-dessous. Afin de comparer l’insécurité alimentaire dans le temps, nous avons réparti les ménages en catégories suivant la probabilité que les membres adultes du ménage souffrent d’insécurité alimentaire. Les données montrent que 43% des ménages qui ne souffraient pas d’insécurité alimentaire sévère en 2018 souffraient d’insécurité alimentaire sévère en juin 2020, représentant une augmentation drastique, en partie attribuable à la pandémie de COVID-19. L’incidence de l’insécurité alimentaire a également augmenté, avec 71% des ménages qui ne souffraient pas d’insécurité alimentaire en juillet 2018 mais qui en souffraient de manière modérée ou sévère en juin 2020.

 

Tracking household food insecurity over time in Uganda

 

Ressources :

  • Lisez le résumé pour plus d’information sur les mécanismes expliquant ces variations liées à l’insécurité alimentaire, dont les chocs de prix et les stratégies d’adaptation des ménages.