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La malnutrition des enfants au Nigeria

Au cours des dernières années, une combinaison de facteurs (à savoir: l’augmentation des prix alimentaires, le ralentissement de la croissance agricole et la croissance rapide de la population) a exercé une pression sur la sécurité alimentaire interne au Nigéria. Selon le Programme d’Appui Stratégique de l’IFPRI au Nigeria (NSSP), la part moyenne de revenus dépensés pour l’alimentation au niveau national est passée de 45 pour cent en 2007 à 80 pour cent en 2008 suite à la flambée mondiale des prix alimentaires.

Ces défis représentent une menace particulière pour les enfants. Un nouveau document de projet du NSSP stipule qu’en 2013, une étude menée par l’Enquête Démographique et Sanitaire du Nigeria (NDHS) a montré que plus de deux enfants sur cinq au Nigeria souffraient d’un retard de croissance à cause de la malnutrition chronique ; le taux de retard de croissance était plus élevé dans les zones rurales (45 pour cent d’enfants, par rapport à 31 pour cent dans les zones urbaines).

Selon le document du NSSP, la pauvreté et le manque de sensibilisation sur la nutrition adéquate et les pratiques d’alimentation des enfants semblent être à l’origine de la malnutrition des enfants au Nigeria. En se basant sur un échantillon de l’Etat rural de Kwara au centre-nord de la zone géopolitique, le document s’intéresse au statut nutritionnel, aux schémas de consommation alimentaire, aux déterminants de la malnutrition, à la diversité du régime alimentaire et aux connaissances sur les micronutriments et la bio-fortification parmi les populations rurales.

L’Etat de Kwara est l’un des plus pauvres du Nigeria ; plus de 70 pour cent de la population vit avec moins de 1 dollars US par jour. De plus, 19,1 pour cent des enfants souffraient d’un retard de croissance et 12,1 pour cent des enfants souffraient d’insuffisance pondérale en 2007. La production agricole est principalement assurée par les petits agriculteurs avec une mécanisation limitée des exploitations, peu d’intrants et une faible technologie. Les principales cultures cultivées dans la région sont, entre autres, le manioc, le niébé, l’arachide, le melon, le maïs, le gombo, le piment, le riz, le sorgho, l’igname et des légumes à feuilles.

L’Etat est situé à mi-chemin entre la zone Nord du Nigeria où les systèmes alimentaires sont basés sur les céréales et la zone Sud/Ouest du pays où les systèmes alimentaires sont basés sur les tubercules ; et il est ainsi caractérisé par une variété de pratiques alimentaires. Selon la recherche citée dans le document, les aliments les plus communément consommés dans la région sont l’igname, le riz et le maïs ; les niébés, la viande et le poisson sont consommés en plus petites quantités, ce qui suggère que les féculents et les céréales jouent un rôle plus important dans le régime alimentaire des ménages que les protéines. L’étude a aussi montré que 65,5 pour cent de la population rurale dans l’Etat de Kwara est en situation d’insécurité alimentaire. Une étude de 2011 a montré que la prévalence du retard de croissance chez les enfants, de l’insuffisance pondérale et de la malnutrition, était respectivement de 23,6 pour cent, 22 pour cent et 14,2 pour cent ; ces chiffres sont comparables aux moyennes nationales du Nigéria.

Sur l’échantillon de 414 ménages de l’étude, presque 60 pour cent étaient des ménages agricoles ; la plupart des ménages possèdent du bétail pour la vente et pour l’usage domestique. Les moyens des exploitations agricoles sont généralement limités aux outils de base en raison de la faible mécanisation agricole de l’Etat (et des zones rurales du Nigeria en général). En termes d’assainissement, seuls huit ménages ont l’eau courante dans leur maison, mais la plupart des ménages ont accès à d’autres sources d’eau telles que les fontaines publiques ou des puits protégés. Cependant, les toilettes et les installations d’élimination des ordures sont inadaptées dans l’Etat ; 84 pour cent des ménages utilisent de mauvaises installations.

Trente-trois pour cent des enfants concernés par l’enquête présentent une faible diversité dans leur régime alimentaire. Seuls 24,8 pour cent des bébés sont nourris exclusivement au sein de la naissance à l’âge de six mois, et seuls 4,8 pour cent des enfants bénéficient de l’allaitement maternel exclusif jusqu’à 24 mois. Les raisons avancées pour ne pas pratiquer l’allaitement maternel exclusif vont de la santé (par exemple, une femme qui ne produit pas assez de lait) à la culture (par exemple, des groupes ethniques de la région qui ne pratiquent pas l’allaitement maternel de manière traditionnelle). L’aliment le plus consommés par les jeunes enfants comme supplément au lait maternel est le pap, une bouillie à base de maïs ; très peu d’enfants de moins de cinq ans consomment des œufs, du lait ou des fruits.

L’étude a montré un manque généralisé de compréhension des avantages nutritionnels de nombreux aliments, en particulier en ce qui concerne le rôle des micronutriments dans la santé globale et dans la prévention des maladies. De plus, moins de 20 pour cent des ménages concernés par l’étude connaissaient le concept d’aliments fortifiés, malgré une loi de 2002 exigeant la fortification de certains aliments de base (tels que la farine, le sel et les huiles végétales). De nouvelles initiatives fédérales en nutrition se sont centrées sur l’approvisionnement en poudres fortifiées en micronutriments ; cependant, 97 pour cent des ménages enquêtés dans l’Etat de Kwara n’étaient pas informés de l’existence de ces poudres. De plus, seuls 23 pour cent des 414 ménages consommaient le moringa en poudre, une plante de grande valeur nutritive native de la zone qui peut être utilisée comme produit de substitution aux poudres de micronutriments.

En plus du manque de connaissance de ces produits disponibles, de nombreux ménages étudiés n’ont pas un accès facile aux aliments fortifiés, étant donné qu’il n’existe aucun supermarché dans les villages enquêtés. Les marchés locaux présentent plusieurs marques d’aliments fortifiés mais ces marchés ne fonctionnent que pendant certains jours bien précis.

L’étude a montré que la bio-fortification des cultures gagne du terrain auprès des agriculteurs dans l’Etat de Kwara, en particulier le manioc bio-fortifié. Les agriculteurs qui ont adopté cette nouvelle variété de manioc se sont montrés désireux d’augmenter les surfaces cultivées et de transmettre la variété aux exploitations voisines. La principale préoccupation concernant les cultures bio-fortifiées reste l’acceptation du marché.

Globalement, l’étude a montré qu’une série de facteurs socio-économiques, démographiques et de santé publique contribuent à la malnutrition des enfants dans l’Etat de Kwara et dans le Nigéria rural en général. Les auteurs soulignent le besoin urgent d’enquêtes plus fréquentes et plus détaillées sur la consommation alimentaire nationale et la nutrition, afin de véritablement évaluer la consommation des populations ainsi que leur compréhension de l’importance des micronutriments. Ces enquêtes devraient tenir compte de la dimension culturelle, afin de déterminer des méthodes d’interventions ciblées en fonction des différents groupes ethniques pour influencer les pratiques traditionnelles. Le gouvernement doit également augmenter ses efforts pour éduquer les populations, en particulier les populations pauvres et éloignées, sur les bonnes pratiques d’alimentation des enfants et les produits alimentaires fortifiés ; à travers, notamment, une meilleure communication, un meilleur étiquetage et un meilleur conditionnement des aliments fortifiés, afin que les ménages peu instruits puissent les reconnaitre et prendre des décisions plus éclairées en matière de nutrition.