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Quelles mesures pour accroître la résilience aux chocs climatiques?

Même si le cycle El Niño de 2015-2016 ne devrait pas réduire les niveaux de production céréalière de manière significative, selon un nouveau document de politique de l’IFPRI , cet évènement climatique crée de graves pénuries alimentaires locales dans de nombreuses régions du monde, y compris en Afrique Sub-Saharienne (ASS). Pour faire face à cette situation, le document appelle à : un suivi attentif de la production et des prix dans la région, une promotion de politiques commerciales internationales et nationales plus transparentes, une couverture étendue des filets de sécurité et des programmes de nutrition pour les ménages pauvres, ainsi qu’une perspective à long terme visant l’amélioration de la production agricole et la résilience pour se prémunir contre les chocs futurs.

Les prix mondiaux des marchandises sont à leur plus bas niveau depuis 2010, mais cela ne signifie pas nécessairement que les prix nationaux sont à l’abri des pics météorologiques. La question de savoir si les prix mondiaux sont transmis aux marchés des pays en développement dépend des politiques commerciales du pays, des niveaux des stocks nationaux et du volume de marchandises importées et exportées. Pour l’ASS, la transmission des prix est mitigée et dépend en grande partie de la marchandise spécifique et de la sous-région.

Selon le document, la recherche suggère que les prix mondiaux ont un effet négligeable sur les marchés nationaux dans la région parce que l’ASS est plutôt faiblement intégrée dans les marchés internationaux. Bien que ceci semble être une bonne nouvelle pour les consommateurs pauvres de la région pendant les périodes où les prix mondiaux des aliments sont plus élevés, dans le scénario actuel, cela signifie qu’une baisse des prix mondiaux serait peu utile pour modérer les pics de prix dans les pays qui subissent les effets négatifs d’El Niño. Ainsi, les décideurs politiques dans la région feraient bien de se concentrer sur d’autres stratégies telles que le maintien des frontières ouvertes et l’élaboration de politiques commerciales transparentes au niveau interne et avec leurs voisins, afin d’assurer une libre circulation des approvisionnements en aliments des zones de surplus vers les zones de déficit.

Par exemple, le document stipule que l’Ethiopie peut s’attendre à ce que la production nette de céréales découlant de la principale récolte chute de 3,3 millions de tonnes métriques par rapport à la récolte de l’année précédente. Selon un communiqué de presse de l’UE, le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire en Ethiopie est passé de 2,9 millions à plus de 10 millions au cours de l’année précédente. L’Est de l’Ethiopie a été sévèrement touché, avec la pire sécheresse depuis plus de trois décennies. Cependant, la région Ouest du pays connaît généralement une pluviométrie adéquate et des récoltes relativement normales ; les prix courants du marché national pour le maïs sont restés à presque 25 pour cent en dessous de la moyenne sur trois ans, en grande partie grâce aux efforts du gouvernement pour booster la productivité au cours des dernières années. Ceci signifie que la région occidentale du pays pourrait aider à nourrir les zones de déficit dans l’Est, pourvu que le commerce national ne soit pas restreint.

D’autres zones d’ASS sont également confrontées à la fois à des pénuries de production et à des augmentations de prix. La production agricole en Afrique du Sud devrait chuter d’environ 20 pour cent en dessous de la moyenne sur trois ans. Le maïs blanc sera particulièrement touché, ce qui pourrait avoir un effet de ricochet à travers la région, étant donné que le maïs est une importante culture de base et que l’Afrique du Sud est un exportateur régional clé. Les prix des céréales en Afrique du Sud ont augmenté cette saison mais restent en dessous des moyennes à long terme ; toutefois, la baisse de la valeur du Rand rendra les importations plus chères et mettra plus de pression sur les consommateurs pauvres.

Le Zimbabwe et le Malawi devraient également connaître des baisses significatives dans la production alimentaire, mais les exportations de céréales de la Zambie aident à modérer les augmentations de prix dans ces pays et à assurer des approvisionnements alimentaires adéquats. Encore une fois, ceci montre l’importance d’assouplir les restrictions commerciales, telles que les interdictions d’exportations et les tarifs des importations, pour aider à déplacer les aliments vers les zones dans le besoin.

Le document souligne également le besoin d’établir et de mettre à niveau les programmes de filets de sécurité sociale pour aider les populations courant le plus de risque face à El Niño – et autres chocs météorologiques. Il cite comme exemple de belle réussite le Programme Productif de Filet de Sécurité qui combine les transferts d’aliments et de cash aux ménages les plus pauvres et souffrant le plus de l’insécurité alimentaire avec une exigence de travail pour les bénéficiaires valides.

De plus, une amélioration des informations sur les prix, la disponibilité du marché et les niveaux de malnutrition, permettra d’établir des systèmes d’alerte précoce et des efforts de communication coordonnée à travers la région, en aidant le secteur privé, les gouvernements et les donateurs à fournir des efforts de secours efficaces. Cependant, le document souligne que la plupart des pays à travers l’ASS ont encore besoin de développer de tels systèmes d’alerte.

Les stocks de céréales nationaux peuvent aussi jouer un rôle dans l’atténuation des effets négatifs d’El Niño, mais seulement s’ils sont gérés adéquatement. Le document appelle à une libération transparente, modérée et adéquate des stocks publics pour calmer les marchés et prévenir les achats de panique et les thésaurisations alimentaires. Cependant, étant donné qu’il peut s’avérer coûteux et compliqué de mettre en place et de maintenir les stocks d’alimentation publique, les gouvernements devraient prendre garde à établir des niveaux réalistes de stocks cibles.

Enfin, le document encourage l’augmentation des investissements dans les infrastructures rurales, dans la recherche agricole et dans le développement, et une extension des services pour aider à booster la production alimentaire nationale dans le futur. De tels investissements permettront aux agriculteurs d’être mieux préparés pour faire face aux défis du changement climatique, y compris des évènements plus sévères et plus fréquents liés à El Niño. Les investissements publics soutenus en Ethiopie en matière d’amélioration des technologies agricoles et des infrastructures sont cités en exemple ;  selon le document, cette augmentation des investissements a aidé à améliorer les capacités du pays à faire face aux chocs de sécurité alimentaire et a réduit le risque que cette année le cycle El Niño entraîne une famine semblable à cette des années 1980.

Source: IFPRI.org