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Exploiter les chaînes de valeur pour améliorer les systèmes alimentaires

Cet article a d’abord été publié comme un blog IFPRI .

Les Objectifs de Développement Durable (ODD) des NU récemment adoptés accordent la priorité à l’amélioration de la nutrition et à la durabilité de l’environnement. Le Chapitre 6 du Rapport Mondial sur les Politiques Alimentaires de 2016 souligne le besoin d’atteindre cet objectif en adaptant les systèmes alimentaires de manière à soutenir les régimes alimentaires nutritifs et produits de façon durable à travers le monde.

L’augmentation des revenus et le changement de la demande alimentaire augmentent la pression sur les systèmes alimentaires existants et sur les ressources naturelles dont dépendent ces systèmes alimentaires . De plus, les systèmes alimentaires actuels ne fournissent pas des aliments qui favorisent l’amélioration de la santé et de la nutrition. La malnutrition et les déficiences en micronutriments existent dans une portion significative des populations pauvres du monde, et pourtant, dans le même temps, la proportion de populations en surpoids ou obèse augmente dans presque tous les pays . Pour résoudre ces problèmes, des efforts plus importants sont nécessaires pour encourager la consommation d’aliments nutritifs parmi les populations qui ne sont pas en mesure de s’assurer un régime alimentaire sain, tout en réduisant la demande d’aliments mauvais pour la santé et faibles en nutriments et d’aliments développés à travers des chaînes d’approvisionnement non durables.

L’analyse des chaînes de valeur – une approche qui examine chaque étape, de la production à la consommation – fournit un cadre inclusif permettant de caractériser plusieurs dimensions d’un bon système alimentaire, y compris la production agricole, la diversité de l’approvisionnement alimentaire et l’accessibilité des aliments. Orienter la production et la consommation vers des aliments plus durables et plus nutritifs nécessite de comprendre les divers facteurs complexes qui interviennent dans les chaînes de valeur, y compris ceux qui affectent la production agricole, la transmission des prix à travers la chaîne, et la demande d’aliments plus sains ou plus nutritifs.

Les aliments sont conservés, distribués, usinés, commercialisés, préparés et consommés de plusieurs manières qui affectent leur accès, leur acceptabilité et leur qualité nutritionnelle. Un ou plusieurs points tout au long de la chaîne de valeur peuvent empêcher les produits nutritifs de parvenir aux consommateurs. Pour que les régimes alimentaires soient plus nutritifs et plus durables, il est important de comprendre tout d’abord les contraintes et les opportunités spécifiques au contexte des petits agriculteurs, des organisations paysannes et des entreprises locales, afin que les interventions puissent soutenir des politiques plus efficaces favorables à la durabilité et à la croissance à long terme. Une perspective sur les rôles du genre peut jouer un rôle significatif pour la réussite des interventions des chaînes de valeurs nutritives et durables, mais la relation est complexe, étant donné que l’engagement dans l’agriculture commerciale ou dans des activités non-agricoles génératrices de revenus peut avoir pour conséquence de réduire le temps que les femmes passent à s’occuper de leurs enfants .

Les interventions des chaînes de valeur peuvent être divisées en deux catégories en fonction du profil de l’offre et de la demande d’aliments nutritifs (Figure 1 ci-dessous). La typologie identifie les points d’entrée dans lesquels les interventions des chaînes de valeur peuvent atteindre leurs plus grands impacts nutritionnels pour des situations particulières ; et, de même, ils peuvent être utilisés pour analyser les objectifs de durabilité. On constate quatre types de situations (A-D) qui peuvent être utilisées pour caractériser les contraintes et les opportunités d’un environnement particulier :

  1. Dans le cas de figure où l’offre et la demande d’aliments nutritifs existent , les interventions devraient être centrées sur l’optimisation du flux de nutriments tout au long de la chaîne de valeur. Ceci implique de maximiser l’efficacité et de minimiser les pertes dans la chaîne existante, tout en maintenant ou en améliorant le contenu nutritif des aliments.
  2. Dans le cas de figure où une importante demande d’aliments nutritifs spécifiques existe mais l’offre est limitée – probablement en raison de mauvaises pratiques de production, d’un manque d’infrastructure, de coûts de transaction élevés, ou d’un manque de confiance parmi les acteurs dans la chaîne de valeur – les interventions devraient viser à améliorer les pratiques de production, organiser la production et les activités post-récolte, afin d’augmenter l’efficacité et de faciliter l’expansion des opportunités de marché pour augmenter l’offre.
  3. Dans le cas de figure où l’offre et la demande de divers aliments sont faibles, des investissements intensifs seront nécessaires sur les plans de la production et de la consommation. L’introduction de nouveaux types d’aliments nutritifs peut remédier à cette situation mais les interventions doivent développer une source stable d’offre et promouvoir la demande des nouveaux aliments.
  4. Dans le cas de figure où les aliments nutritifs sont largement produits mais ne sont pas consommés par les populations cibles que ce soit en raison des habitudes ou en raison des coûts élevés, les interventions devraient être centrées sur les changements dans les pratiques de consommation, de santé et de nutrition. La demande peut être créée directement, par exemple à travers des transferts d’aliments ou les programmes de marché public tels que les cantines scolaires, ou indirectement, par exemple en tentant d’augmenter la demande d’aliments nutritifs à travers les masses média ou la communication pour un changement de comportement (CCC).

D’autres interventions du côté de la demande peuvent fournir une assurance de qualité et des cadres de régulation améliorés, ou augmenter le flux d’informations tout au long de la chaîne. Ces interventions visent à améliorer l’offre en augmentant l’efficacité ou à booster la demande en augmentant la connaissance et la volonté des consommateurs de manière à les inciter à payer pour des aliments nutritifs et sûrs. Le succès est plus probable quand ces interventions sont soutenues par des régulations gouvernementales et mises en œuvre avec la participation du secteur privé.

Pour atteindre les ODD, il faudra mettre en place des interventions opportunes d’amélioration de la nutrition et d’assurance de la durabilité. Des défis doivent être relevés, y compris combler les lacunes dans les connaissances, gérer les compromis parmi les objectifs et inciter le secteur privé à soutenir les régimes alimentaires améliorés et la durabilité.

Les chaînes de valeur fournissent un cadre unique permettant d’identifier les compromis et les complémentarités parmi les objectifs suivants : revenus plus élevés, meilleure nutrition et meilleure durabilité. Atteindre les objectifs mondiaux de la nutrition et de la durabilité nécessitera des solutions communes adaptées aux diverses situations. L’analyse de la chaîne de valeur peut apporter un cadre prometteur pour la compréhension des interventions efficaces permettant d’atteindre à la fois une meilleure santé et des résultats environnementaux.

Figure 1: Typologie des contextes d’intervention des chaînes de valeurs, en fonction de l’offre et de la demande en aliments nutritifs

Source : A. Gelli, C. Hawkes, J. Donovan, J. Harris, S. Allen, A. de Brauw, S. Henson, N. Johnson, J. Garrett, et D. Ryckembusch, Value Chains and Nutrition: A Framework to Support the Identification, Design, and Evaluation of Interventions , Document de travail 1413 d’IFPRI (Washington, DC: Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires, 2015).

Summer Allen est coordinatrice de recherche et Alan de Brauw est chercheur senior à la Division Marchés, Commerce et Institutions de l’IFPRI ; et Aulo Gelli est un scientifique sénior à la Division Pauvreté, Santé et nutrition de l’FPRI. Ensemble, ils ont co-écrit le chapitre 6 du Rapport Mondial sur les Politiques Alimentaires de 2016, intitulé “ Nutrition and sustainability: Harnessing value chains to improve food systems [Nutrition et durabilité : exploiter les chaînes de valeur pour améliorer les systèmes alimentaires].