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Intégration stratégique des groupes armés sur la voie de la transformation agroalimentaire

Les groupes militaires et paramilitaires exercent une influence considérable à l'échelle mondiale, servant de base de pouvoir principale pour les régimes de quarante-deux nations différentes. Au Soudan, où l'agriculture soutient les deux tiers de la population, les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF) se sont profondément ancrées dans le système agroalimentaire.

Dans leur article publié dans le Journal of Development Studies intitulé : « Under the Gun : Military and Paramilitary Actors in Sudan's Agrifood System », les auteurs explorent comment ces acteurs choisissent d'investir dans des chaînes de valeur spécifiques en se basant sur deux facteurs principaux : la présence existante du secteur privé et la complexité technique nécessaire à la modernisation des produits. Le comportement économique des groupes militaires et paramilitaires est motivé par la quête de gains financiers rapides. Ces acteurs évaluent le niveau de complexité de la production par rapport à la concurrence du secteur privé. De ce calcul émergent quatre modes opérationnels distincts : capturer, concurrence, céder et innover. L'étude utilise une approche comparative qualitative centrée sur le Soudan, un exemple caractéristique d'un État où les groupes armés agissent comme acteurs décisifs du veto tant dans l'économie que sur la politique. Les résultats proviennent de cinquante entretiens détaillés réalisés entre 2021 et 2024 avec des spécialistes des systèmes agroalimentaires, de l'économie politique et d'anciens initiés de l'industrie.

SAF et RSF en tant qu'acteurs commerciaux

Les SAF et les RSF ont développé des empires commerciaux individuels avec des fondations structurelles différentes. Les SAF gèrent un réseau de longue date et très organisé d'entreprises impliquées dans la finance, l'élevage et la machinerie, principalement situées dans le nord du Soudan. Inversement, la RSF dirige une entreprise plus jeune centrée sur la famille Dagalo, passant du commerce de l'or au bétail et aux graines oléagineuses au Darfour et au Kordofan du Sud.

Stratégies du système agroalimentaire adoptées par des acteurs armés

Dans le secteur du commerce du bétail, les groupes armés utilisent une stratégie de capture pour percevoir les loyers en tant qu'acteurs dominants sur un marché fragmenté. Dans des domaines comme la mouture du blé, où le secteur privé est établi mais la technologie est relativement simple, ils se font concurrence en utilisant à leur avantage des distorsions politiques comme les taux de change préférentiels. Face à des procédés très spécialisés, comme la gomme arabique (un ingrédient crucial pour l'alimentation et les boissons,

cosmétiques, peintures et produits pharmaceutiques) séchage par pulvérisation, les acteurs armés cèdent généralement le marché à des entreprises agricoles plus efficaces. Cependant, dans des secteurs peu desservis comme l'horticulture, les SAF ont choisi d'innover en finançant la recherche et le développement afin de capter de nouveaux revenus d'exportation.

Liens économiques

La relation entre les groupes armés et le secteur privé évolue constamment. Bien que la capture soit courante dans des marchés simples comme l'élevage, des industries complexes comme le séchage par pulvérisation de gomme arabique, l'égrenelage du coton, les produits laitiers ou le sésame fini voient souvent ces groupes se retirer pour laisser les entreprises privées dotées de connaissances techniques supérieures prendre la tête. Le secteur privé répond activement à ces pressions, les grandes entreprises utilisant la modernisation fonctionnelle pour trouver des niches sûres dans un environnement commercial difficile. Les acteurs armés évoluent d'une « capture » agressive du marché à une « concurrence » plus stratégique à mesure qu'ils mûrissent. Alors que les groupes plus récents avec des réseaux étroits visent à s'emparer de marchés simples, les organisations plus anciennes exploitent l'apprentissage organisationnel et les réseaux transnationaux pour accumuler des sources de revenus plus diversifiées. Cela leur permet de modifier leurs horizons temporels, permettant à leurs entreprises établies de prendre des risques et de combler les pénuries de ressources tout en s'enracinant dans l'économie politique.

Cadres politiques

Malgré une prise de conscience croissante des asymétries de pouvoir dans le système agroalimentaire et une attention accrue portée à l'économie politique dans la recherche sur la chaîne de valeur, le rôle nuancé des acteurs armés reste largement négligé. Ce fossé persiste tant dans la recherche académique que lors des grandes réunions mondiales, telles que les Sommets des systèmes alimentaires de l'ONU, où l'intersection entre conflit et transformation du système alimentaire est rarement abordée. Les efforts de réforme des systèmes agroalimentaires doivent tenir compte des rôles spécifiques joués par les acteurs armés et de la manière dont ces rôles influencent le règlement politique. Dans les États fragiles où l'économie dépend de l'agriculture, comprendre ces motivations financières est essentiel pour identifier les causes des conflits. Les futures initiatives de développement et de maintien de la paix doivent reconnaître que le succès de la transformation agricole dépend souvent de son alignement avec le pouvoir et les intérêts de ces groupes dominants.

Rajalakshmi Nirmal est responsable de la communication mondiale du programme scientifique CGIAR sur les innovations politiques et travaille à l'International Food Policy Research Institute.