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Analyse des retombées économiques du conflit au Soudan

Depuis avril 2023, le Soudan subit des conflits violents qui ont déplacé de larges pans de la population, perturbé de manière significative l'économie et conduit à une flambée du chômage, de la pauvreté et de l'insécurité alimentaire. Entre décembre 2024 et mai 2024, plus de la moitié de la population du pays a connu une insécurité alimentaire de phase 3 du CPI ou plus, et des millions de Soudanais n'ont pas eu un accès fiable à la nourriture, aux soins de santé, au logement et à d'autres services essentiels.

Alors que la violence se poursuit sans relâche, un article récent publié dans The Journal of Development Studies examine les impacts potentiels sur l'économie nationale, le secteur agroalimentaire, ainsi que sur les moyens de subsistance et revenus des ménages en vue de 2026.

L'étude s'appuie sur des données issues d'une matrice de comptabilité sociale (MCS) reflétant l'état de l'économie soudanaise en 2021, avec des données macroéconomiques mises à jour pour prendre en compte les réalités économiques de 2022. La MCS couvre 77 activités économiques, 79 produits de base et 10 groupes de ménages, catégorisés selon le statut rural et urbain ainsi que les quintiles de dépenses par habitant.

Les auteurs réalisent ensuite deux simulations pour étudier l'impact potentiel du conflit continu tout au long de 2025 sur différents secteurs économiques, afin d'analyser les chocs économiques directs et indirects ainsi que les stratégies potentielles de reprise. La simulation modérée suppose une contraction du PIB de 20,1 % en 2023, avec une contraction supplémentaire de 15,1 % et 7 % en 2024 et 2025, respectivement. La simulation plus extrême suppose une contraction du PIB de 29,5 % en 2023, suivie d'une contraction supplémentaire de 12,2 % et 7 % en 2024 et 2025.

Selon des recherches existantes, fin 2023, 60 % des ménages ruraux ont déclaré une baisse significative des revenus en raison du conflit, 21 % des ménages ruraux dans les zones où les combats ont été les plus intenses ayant subi une perte totale de revenus. Pour les ménages urbains, 31 % avaient été déplacés fin 2023 et avaient déclaré avoir des difficultés à trouver un logement, des soins de santé et un emploi stables.

Dans ce scénario extrême, le PIB total du Soudan diminuerait de 41,89 % d'ici la fin de 2025, les secteurs des services aux entreprises, du commerce de détail et d'autres secteurs orientés services subissant les perturbations les plus sévères. Le secteur agricole connaîtrait une baisse de 35,7 % en raison des prix élevés des intrants agricoles, des perturbations des marchés, du manque de financement pour la production agricole et des impacts liés au changement climatique. Le système agroalimentaire global connaîtrait une réduction du PIB de 33,6 % ; Cette réduction impacterait l'agriculture, la transformation agroalimentaire, ainsi que le commerce et le transport alimentaires. Les services alimentaires, en revanche, verraient une augmentation du PIB (13,2 %) en raison des ménages déplacés qui dépendent de ces services dans des États sûrs à travers le pays plutôt que de leur propre production agricole.

Dans ce scénario modéré, le PIB global du Soudan chuterait de 37,3 %, le secteur des services étant à nouveau le plus fortement impacté. Le secteur agricole connaîtrait une réduction de 28,4 % dans ce scénario, tandis que le système agroalimentaire global connaîtrait une baisse de 26,7 %, avec des sous-secteurs impactés de manière similaire à ce qui a été observé dans le scénario extrême.

Dans les deux scénarios, les revenus des ménages diminueraient significativement pour tous les quintiles. Les populations rurales et les groupes vulnérables comme les femmes subiraient les pertes de revenus les plus importantes. Dans ce scénario extrême, le taux national de pauvreté grimperait en flèche de jusqu'à 19 points de pourcentage ; Cela signifierait 7,5 millions de personnes pauvres supplémentaires à travers le pays. L'emploi national dans ce scénario extrême chuterait de 44,7 %.

Dans un scénario modéré, l'emploi chuterait de 40 %, tandis que le taux de pauvreté national augmenterait de 17,2 points de pourcentage : 6,9 millions de personnes supplémentaires en situation de pauvreté.

Dans les deux scénarios, les populations rurales verraient l'augmentation la plus significative des taux de pauvreté, avec des taux de 32,5 % et 29,5 points de pourcentage respectivement dans les scénarios extrême et modéré. Les populations urbaines connaîtraient également une augmentation significative des taux de pauvreté, de 11,6 à 10,7 points de pourcentage, bien que moins sévère que la hausse observée dans les zones rurales.

Alors que le conflit au Soudan se poursuit à l'approche de 2026, des actions humanitaires et politiques urgentes sont nécessaires pour éviter les pires impacts économiques et de pauvreté. L'étude suggère de prioriser les services commerciaux, les secteurs de gros et de détail, ainsi que les activités manufacturières afin de restaurer la productivité économique du pays, tout en reconstruisant la production agricole, la transformation agroalimentaire et le commerce alimentaire en investissant dans la restauration des infrastructures et en apportant un soutien direct aux agriculteurs. Les mesures de protection sociale devront également être renforcées, en particulier pour les populations pauvres et vulnérables, afin de compenser la perte généralisée de moyens de subsistance et d'empêcher encore plus de personnes de sombrer dans la pauvreté.

 

Sara Gustafson est rédactrice indépendante et consultante en communication.