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Comment les politiques publiques peuvent-elles atténuer les impacts de la COVID-19 en Afrique de l’Ouest ?

Cet article a été rédigé par Aminou Arouna, Guillaume Soullier, Patricio Mendez del Villar et Matty Demo. Il a été publié le 2 novembre 2020.

Introduction

Les populations et gouvernements du monde entier continuent de se battre contre les effets de la pandémie de COVID-19. Une préoccupation première est celle de l’impact de la pandémie et des mesures de confinement liées sur la sécurité alimentaire. Alors que les chaînes de valeur alimentaires globales ont, de manière générale, étaient épargnées par la COVID-19 et que l’AMIS prévoit un commerce des denrées alimentaires soutenu en 2020, les chaînes de valeur alimentaires locales et régionales ont été affectées, notamment dans les pays en développement.

Un nouvel article publié dans Global Food Security examine les impacts potentiels de la COVID-19 sur les chaînes de valeur du riz en Afrique de l’Ouest et identifie différentes options politiques afin d’éviter une augmentation de l’insécurité alimentaire dans la région.

L’Afrique de l’Ouest continue de faire face à des niveaux d’insécurité alimentaire élevés, avec presque 56 millions de personnes sous-alimentées en 2018. Le riz étant une denrée essentielle dans l’alimentation, il joue un rôle important dans la sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest, et les hommes politiques régionaux ont renforcé les investissements dans les chaînes de valeur domestiques du riz depuis 2008. Cependant, la consommation de riz continue d’augmenter plus rapidement que la production domestique, et de nombreux consommateurs préfère le riz importé au riz produit localement de moins bonne qualité. Ainsi, la région dépend de ses importations de riz – et est vulnérable aux perturbations de l’offre et aux hausses de prix.

Les options politiques pour limiter les impacts de la COVID-19

Cette nouvelle étude montre que les prix globaux du riz ont fortement augmenté entre décembre 2019 – le début officiel de la pandémie – et mars 2020. Bien que les prix du riz se soient stabilisés en mai, la réaction des prix du riz à une potentielle seconde vague de pandémie sont incertains.

L’étude examine également différents canaux de transmission par lesquels la COVID-19 pourrait affecter les chaînes de valeur domestiques du riz en Afrique de l’Ouest. Elle montre que la pandémie pourrait négativement impacter l’approvisionnement des rizières, le financement, les ressources humaines et les travailleurs, ainsi que la commercialisation de riz dans la région. Les logistiques de la chaîne de valeur et de transformation de riz ne devraient pas, quant à elles, subir d’effets du marché.

Les agriculteurs sont les principaux fournisseurs de riz en Afrique de l’Ouest, donc les impacts au niveau des exploitations pourraient être considérables pour le fonctionnement de la chaîne de valeur dans son ensemble. D’après les auteurs, l’accès des agriculteurs à des entrants cruciaux, tels que les engrais, les graines, le crédit et les hautes technologies, pourraient s’amenuiser suite à la pandémie. De plus, les agriculteurs pourraient rencontrer des difficultés pour vendre leur riz à cause des mesures de confinement qui empêche l’accès aux marchés et à cause d’un manque de capacité de commercialisation digitale.   

Les hommes politiques en Afrique de l’Ouest devraient suivre différentes étapes afin de répondre aux différents risques liés aux chaînes de valeur domestiques du riz. A cout terme, ils devraient offrir un soutien financier aux meuniers, traditionnels et modernes, afin de les aider à améliorer la coordination entre eux et les agriculteurs, et à maintenir leurs activités permettant de fournir du riz. Ce soutien pourrait prendre la forme de crédits à taux zéro et devraient inclure un dispositif de protection afin d’éviter la spéculation. De plus, les échanges alimentaires devraient continuer sans restrictions dans la région, et les mesures de confinement pour les meuniers devraient être supprimées en mettant en place des précautions sanitaires strictes. Les gouvernements pourraient également acheter du riz produit localement afin d’utiliser les réserves nationales et régionales alimentaires pour renforcer la sécurité alimentaire des populations vulnérables.

A moyen terme, les gouvernements devraient construire un environnement qui encourage les investissements directs domestiques et étrangers afin de moderniser les chaînes de valeur du riz. Ils devraient également mettre un place un cadre juridique pour l’agriculture contractuelle afin de réduire la dépendance aux marchés informels et de rendre les chaînes de valeur plus résistantes aux chocs tels quel la COVID-19.

Améliorer la chaîne de valeur du riz en Afrique de l’Ouest

Une étude approfondie sur l’amélioration des chaînes de valeur en Afrique de l’Ouest sera présentée lors d’une conférence virtuelle, organisée par le programme de recherche sur les politiques, les institutions et les marchés du CGIAR et le portail sur la sécurité alimentaire de l’IFPRI. La conférence aura lieu le 27 octobre at 10h00 EST.

Concernant les auteurs

Référence : Arouna, A., Soulier, G., Del Villar, P.P., & Demont, M. (2020). Policy options for mitigating impacts of COVID-19 on domestic rice value chains and food security in West Africa. Global Food Security, 26(2020) 100405.